Open Data : à qui profite l’ouverture des données publiques ?

L’Open Data est un grand mouvement qui ne touche pas uniquement les villes les plus en pointe sur ce sujet : Rennes, Nantes,….  Les administrations s’intéressent également au sujet et suivent en cela les initiatives anglaises ou américaines.

La Direction de l’Information légale et administrative (DILA) est une direction d’administration centrale des services du Premier Ministre. Elle est issue de la fusion de la Direction de la Documentation française et de la Direction des Journaux officiels, et dépend du Secrétariat général du Gouvernement.
Les missions de la DILA : la diffusion légale (mise à disposition de tous les citoyens de la norme juridique française, publication des lois et décrets au Journal officiel, diffusion des annonces légales, économiques et financières) ; l’information administrative ; l’édition publique (édition des conventions collectives, des codes, de publications de référence, imprimées ou numériques).

La DILA de part son statut mixte : entité publique et centre de profit s’appuie sur la volonté publique de  promouvoir l’usage du digital auprès des acteurs publics et du monde de l’entreprise.

Les pouvoirs publics ont en effet décidés d’accélérer le processus de passage à l’économie digitale. Frédéric Lefebvre (secrétaire d’Etat chargé des PME), lors des Assises nationales de la simplification ce 29 avril à Paris a annoncé 80 mesures pour simplifier la vie des PME dont de nombreuses mesures liées au numérique.

La mission ETALAB placée sous l’autorité du Premier ministre en est le bras armé et a pour mission de faciliter l’accès et l’utilisation des informations publiques dans le cadre d’un site de type Open Data : Data.gouv.fr.

La DILA en participant à ce mouvement et en agissant auprès  de différents cercles de réflexion tels le GFII ( Groupement Français de l’Industrie de l’Information) participe activement à la structuration des données publiques alimentant son fonds de commerce.

Fonds de commerce lucratif puisqu’il consiste à publier et à diffuser les annonces légales (pour certaines à caractère obligatoire) et à monnayer des licences de diffusion auprès des tiers souhaitant utiliser ces données publiques.

En imposant ses standards et ses formats  il verrouille de fait le marché et se  positionne comme l’acteur incontournable  des annonces de marchés public. Dans un cadre Européen et national poussant à l’émergence d’un acteur national unique la DILA place ses pions avec le risque de se substituer aux acteurs privés.

L’ouverture des données publiques est un réel progrès pour la transparence et pour la citoyenneté. Il faut aussi que cette transparence soit aussi économique et que le tissu économique puisse s’appuyer sur ces données pour développer de nouvelles activités sans que les acteurs publiques s’en accaparent les dividendes.

La double position de la  DILA ne fait qu’illustrer le dilemme entre les missions de service public et la nécessité pour les structures publiques en temps de restriction budgétaire de trouver des sources de revenus externes.

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Data journalisme et information de proximité

Le Data journalisme est encore peu connu en Europe mais il est déjà une réalité outre Atlantique.

Mais qu’est ce que le date journalisme ?

C’est un journalisme basé sur des sources de données ouvertes. Internet permet d’accéder à des données officielles et de les compiler, les « matcher », avec d’autres informations. Ce croisement de données permet d’établir des corrélations et de mettre en lumière des faits qui autrement seraient resté dans l’ombre. De plus , ces sources factuelles, officielles et ouvertes, apportent une crédibilité aux analystes qui savent en tiré partit. Elles restituent de manière visuelle, des faits, elles permettent l’interactivité et la géolocalisation.

Ce dernier point nous intéresse tout particulièrement car il va placer les faits dans un contexte géographique et s’adresser à des communautés locales, limitées par leurs centres d’intérêt et leur nombre.

Les journaux manquent de pagination pour présenter ce type d’infographies au niveau le plus local, l’internet permet un accès actualisé à ce type d’information : répartition et taux d’équipements, criminalité, logements sociaux, résultats scolaires des établissements, ….

Certains voient plus loin en ouvrant à leur tour leurs sources aux citoyens, leur permettant de s’accaparer ces données et de faire leurs propres croisements, pour l’intérêt général…

Un exemple simple : la criminalité de l’état du Delaware.

Le quotidien américain The News Journal (Ganett Corporation) publie sur son site Web www.delawareonline.com une cartographie de la criminalité de l’état du Delaware. Il s’agit d’un premier pas vers une information brute accessible à tous.

Un cas d’école : le business des prisons aux USA

Marshall Kirkpatrick dans ReadWriteweb a étudié la correlation entre la population carcérale et l’élection d’élus opposés à la réforme carcérale.

Dans un pays où les sénateurs, les shérifs, juges sont élus et ont besoins de financements pour leurs campagne on sera surpris de constater que les élus majoritairement opposé à la réforme carcérale sont aux affaires dans les zone où le business carcéral de prisons cotées en bourse est le plus florissant. Il sort du sens de données brutes dans une véritable démarche journalistique.

Encore faut il qu’il est des données fiables accessibles

L’ouverture des données officielles des collectivités et du gouvernement encourage à plus de transparence, à plus de contrôle par les citoyens des décisions des élus et des organes officiels.

Obama s’est engagé pour l’ouverture des données et à fait ouvrir un site dédié aux données fédérale  www.data.gov anticipant la demande croissante des citoyens à plus de transparence. Il faut aussi jeter un coup d’oeil au site www.recovery.gov qui donne un accès aux données financières de l’état et incite les citoyen à dénoncer les fraudes et abus…

L’association Sunlight Foundation agit pour favoriser et encourager la transparence gouvernementale et des initiatives comme Open Congress rendent comptes des actions du congrès.

Datamasher est un site qui exploite ces données gouvernementales en permettant de comparer des données de sources étatiques et de les afficher sur une carte. Il est ouvert à tous et présente une première étape dans l’appropriation des données gouvernementales par les citoyens.

En Europe cette transparence dérange. Le site votewatch.eu animé par un groupe d’universitaires anglais et belges, et  par Simon Hix, l’un des universitaires les plus respectés dans le domaine des affaires européennes,  chiffre tous les votes et décisions du parlement. Son alter ego,  Parlorama a été contraint de fermer temporairement son site, certains députés  menaçant le site d’actions judiciaire. La transparence a des limites.

Il faut saluer au passage  l’initiative du britannique Philip John qui cherche à promouvoir l’accès aux sources de données officielles hperlocales via openlylocal.com. Un premier widget permet de consulter les ordres du jour des conseils municipaux et il envisage d’élargir ses sources.

Le data journalisme est donc bien un enjeu démocratique mais aussi une voie de renouveau pour le journalisme d’investigation.

A lire

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A voir

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L’intervention de Sir Tim Berners-Lee sur l’ouverture des données