Le web est mort, vive l’Internet !

Internet, plus que le web …

Un article édifiant de C.Anderson via Wired portant sur la prise de pouvoir de quelques oligarchies sur le web ouvert de années 90. « Un retour aux sources » selon Michael Wolff, un monde ou l’iPAD nous montre que le futur ressemble au passé, un monde ou Google maîtrise le traffic et les ventes et Steve Jobs les contenus / l’expérience utilisateur.

 Le contenu revient sur le devant de la scène, éclipsant la technologie. Une première depuis plus de 15 ans.

The Web Is Dead. Long Live the Internet

« Two decades after its birth, the World Wide Web is in decline, as simpler, sleeker services — think apps — are less about the searching and more about the getting. Chris Anderson explains how this new paradigm reflects the inevitable course of capitalism. And Michael Wolff explains why the new breed of media titan is forsaking the Web for more promising (and profitable) pastures. »…

A lire sur wired

Greg Hadfield: “Pourquoi je quitte le Daily Telegraph”

Via The Media Trend
Greg Hadfield est considéré en Grande-Bretagne comme un “gourou du web”. Autant dire que son départ du Daily Telegraph fait des remous outre-Manche. Il en profite pour offrir son analyse de la mutation que doit accomplir la presse pour survivre. Comme il le dit “cela s’annonce comme un long voyage”, et la métamorphose sera très douloureuse.


Greg Hadfield
Le parcours de Greg Hadfield a tout de la success story. Ce journaliste est l’un des premiers à avoir quitté la presse pour Internet,en 1996.  Il explique: “Mon fils alors âgé de 12 ans, avait créé Soccernet, le site de football le plus populaire au monde.” Le site sera revendu à Disney pour… 25 millions de Livres. Greg Hadfield créera son propre site Schoolsnet qu’il vendra également.

Bref, ce créateur connaît bien l’univers des médias comme celui d’Internet, et lorsqu’il arrive en janvier 2009, au  à la tête du développement numérique du Daily Telegraph, il est “fier et excité”. Il rejoint un titre prestigieux, qui a accompli une profonde mutation, puisque désormais sa rédaction a été radicalement réorganisée et produit indifféremment des contenus pour le web et le papier.

Son rôle est de participer à un changement profond: “Faire en sorte que [cette] grande entreprise soit imprégnée de l’esprit d’entreprise et de l’agilité qui sont nécessaires pour soutenir le meilleur journalisme qui puisse être à l’ère numérique – et en même temps je devais aider à protéger contre les pires aspects [du web], dont j’avais été un témoin direct pendant la formation de la première ‘bulle numérique’.”

“Facebook et toute une série d’entreprises numériques leur ont volé leur communauté, leurs annonceurs et leur modèle économique.”

Tout cela tiendra un an. Greg Hadfield décide de jeter l’éponge, de quitter ce “média monolithique”, pour rejoindre une petite agence web, Cogapp, qui, juge-t-il, sera plus “innovante”.

Au-delà de son cas personnel, il profite de son départ pour livrer son analyse de la mutation que doit réaliser la presse, si elle veut avoir un avenir. En voici les principaux points, tels qu’ils ont été développés sur Organgrinder, un blog du Guardian [pour lire le post en anglais, c’est ici]:

Le constat. Les journaux ont peu changé depuis qu’ils ont commencé à mettre leur contenu en ligne à la fin du siècle dernier [le XXe]. Il avoue d’ailleurs avoir été “déconcerté” par cette quasi stagnation.
Le journal, pivot d’une communauté. Depuis longtemps, les journaux ne sont pas simplement des producteurs d’information, mais ils offrent surtout une sélection de contenus de qualité qui proviennent d’autres sources. Les “meilleurs d’entre eux” ont toujours été au cœur de la communauté des “citoyens informés”.
La lourde responsabilité des chefs d’entreprise. Les journaux locaux ont abandonné le rôle de “pivot”, qui était le leur, au cœur de la communauté. Ce n’est pas du à un journalisme de mauvaise qualité, mais parce que les propriétaires de journaux n’ont pas innové. Résultat: “Facebook et toute une série d’entreprises numériques leur ont volé leur communauté, leurs annonceurs et leur modèle économique.”
L’organisation des journaux doit être bouleversée. Aujourd’hui encore, ceux-ci sont organisés selon une stricte “hiérarchie verticale”, avec à côté —et parfois emmêlé— un réseau confus de responsables numériques. Pour survivre, les journaux doivent balayer tout cela et intégrer dans une nouvelle forme de relation, l’ensemble de leurs salariés, de les fournisseurs de contenus et de services mais aussi les personnes avec lesquels ils travaillent mais qui n’ont aucun lien contractuel.
Des relations avec le public à repenser. Plus important, ils doivent repenser entièrement leurs relations avec leurs lecteurs, abonnés et internautes, et en particulier identifier les plus loyaux d’entre eux et travailler à essayer de satisfaire leurs besoins.
Passer du contrôle au partage. Dans l’avenir, les médias ne devront plus chercher à contrôler ce qui peut -ou non- être dit ou écrit, mais fournir et partager l’environnement online dans lequel ils pourront rencontrer les membres de leur communauté et s’efforcer de satisfaire leurs besoins. Ils doivent devenir partie prenante des réseaux sociaux.
Le Daily Telegraph, un groupe à la pointe de l’innovation

La célèbre salle de rédaction bimédia du Telegraph (photo Lloyd Davis)
Fondé en 1855, c’est un des fleurons de la presse britannique. Ce quotidien conservateur “grand format” [broadsheet] se vend à plus de 800.000 exemplaires, loin devant ses concurrents, le Times (600.000 exemplaires) et le Guardian (350.000 exemplaires). L’hebdomadaire Sunday Telegraph, lui n’a été lancé qu’en 1961, mais se vend à plus de 600.00 exemplaires.

Depuis 2004, ces deux journaux, regroupés dans le Telegraph Media Group, sont la propriété des très discrets et très riches frères Barclay.

Côté print donc, le Telegraph se porte bien. Il innove (impression de toutes les pages en quadri, etc.), et c’est lui qui a “sorti” le scandale des dépenses des membres du Parlement britannique.

Côté web, ce n’est pas mal non plus. Le site, lancé en 1994 (ce fut l’un des premiers sites de presse européens), est l’un des leaders en Grande-Bretagne, au coude à coude avec celui du Guardian, et il est particulièrement innovant: il abrite un service de vidéo  à la demande Telegraph TV, une très importante plateforme participative, My Telegraph, où les internautes peuvent stocker des données, tenir leur blog, etc. Et d’ailleurs, 8% du trafic du site vient des réseaux sociaux.

Last but not least, la salle de rédaction intégrée, où les journalistes produisent des contenus aussi bien pour le print que pour le web est souvent présentée comme un modèle.

Pour résumer, le Telegraph est sans doute l’un des endroits le plus innovants dans le journalisme aujourd’hui.

[Précision: il ne s’agit pas de prétendre que tout est parfait. C’est loin d’être le cas! Il faudrait revenir sur la qualité de l’information délivrée, sur les conditions de travail des journalistes, sur le développement de la sous-traitance en… Australie, etc.]

Posted in journalisme idées & réflexions, journalisme état des lieux.
By Marc Mentre     20 janvier 2010

Les dinosaures ont ils encore des dents ?

La presse en difficulté

La fin des dinosaures

La Nouvelle République au bord du dépôt de bilan, les régies publicitaires du groupe Spir et Ouest France en pleine restructuration, des agences photo comme Eyedea ou Magnum sont en grande difficulté. C’est tout l’écosystème de la presse papier qui est en danger. Les raisons sont multiples, citons :

– Le paradigme du numérique qui a bouleversé les modèles économiques, l’échelle de temps, la hiérarchie des compétences et engendré la migration massive des budgets publicitaires du papier au web

– L’arrivée massive du gratuit

– La fracture des usages entre la génération du baby boom et la « génération y »

Les impacts sont multiples :

– Fragilisation des media et répercussion sur tous les fournisseurs de contenus

– Remise en cause du lien entre le journal et ses lecteurs

– Remise en cause de la légitimité des média

Le règne des opérateurs télécom

Certains analystes prédisent le règne des opérateurs Télécom et des géants comme Google sur le marché de l’information et des contenus grand public, cantonnant les média dits « d’opinion » à des niches. Google, Orange, PagesJaunes prennent la place laissée vacante par des médias papier affaiblit : la publicité, les annonceurs, les partenaires, l’audience migrent peu à peu vers ces acteurs majeurs du monde Internet, laissant un vide. Un vide abyssal de sens, de singularité, de diversité, de contre pouvoir.

A l’heure ou l’on se gargarise du web participatif, de l’Internet aux internautes, il y a un contre sens, une ambiguité  qu’il faut lever. Le contenu auto produit, l’opinion du plus grand nombre n’est pas un gage de démocratie et d’information. Sans sources de référence, sans repères, sans leaders d’opinion, sans analyse, le web devient un magma informe sur lequel règne un portier rémunéré à la commission.

Le Web 3.0 sera celui du contenu

La disparition de sources « fiables » de contenus est le point ultime de cette destruction de valeur initiée par Google et qui signera sa perte. Règner sur le vide est en fait la grande peur de Google. C’est pourquoi il ménage les média, c’est pourquoi il cherche à numériser le contenu des bibliothèques du monde entier.

Une nouvelle révolution Internet s’annonce peut être, à moins qu’il ne soit déjà trop tard, celle des contenus. Les opérateurs de transfert de data, les leaders pur players du marché investiront surement ce territoire afin d’alimenter les discussions de leurs réseaux sociaux acquit à prix d’or, pour susciter les initiatives locales et citoyennes gagent de la mobilisation du plus grand nombre. Sans mobilisation, sans opinion, sans échanges, les médias sociaux se tariront faute de « carburant ».

Les talents existent

David Goldman / Eyedea

Les médias d’aujourd’hui ont une carte à jouer, en prenant des risques éditoriaux, en se différenciant des agences filaires, en développant un ton, un mode narratif. Rue89, Backchich ont initié le mouvement. L’image, le photojournalisme manquent à l’appel. Les contenus et les talents existent pourtant, il suffit de se plonger dans les nouveaux modes narratifs dévelopés par Mediastorm ou Magnum pour s’en persuader.

The Marlboro Marine

Capitolio

I carry this with me

Between even and earth

La pérénnité du support papier est un mythe

Voici le graphique qui devrait faire peur à la presse française.

La diffusion des journaux américains chute, et entraîne dans le même mouvement la faillite d’un nombre croissant de titres.

courbe des ventes des journaux américains

courbe des ventes des journaux américains

Le Rocky Mountain News vient de mettre la clé sous la porte. Tout un symbole.  Ce titre est l’un des plus vieux quotidiens américains. Il a été fondé en 1859, à Denver dans le Colorado pour un tirage de plus de 200 000 exemplaires pour l’agglomération de Denver, qui compte 2,8 millions d’habitants.

Il est le symbole de la difficulté actuelle de la presse quotidienne américaine. 33 titres sont en grande difficulté. Les plus illustres ne sont pas épargnés. Le New York Times a hypothéqué son siège social. Le San Francisco Chronicle, avec 400 000 exemplaires, est menacé, ce qui pourrait faire de San Francisco la première grande ville sans quotidien local.

Le Los Angeles Times (900 000 exemplaires) et le  Chicago Tribune (650 000 exemplaires) se sont déclarés en faillite.

Le paysage de la presse outre atlantique révèlait une grande vitalité : 1 500 quotidiens, qui impriment 56 millions d’exemplaires. 114 d’entre eux tirent à plus de 100 000 exemplaires, une dizaine a plus de 500 000.Les deux grands quotidiens sont  USA Today, avec un tirage de 2 281 000, et le Wall Street Journal, avec un peu plus de 2 millions d’exemplaires.  Le New York Times, 1 120 000 exemplaires, est un journal régional . Ce sont eux qui sont les plus menacés.

Que restera t’il après la crise ?

Le blog de Paul Gillin « Newspaper Death Watch » a pour seul sujet de commenter la disparition de cette presse régionale.

En France selon une Etude ZenithOptimedia la presse quotidienne et magazine va continuer de décliner en 2010 et 2011.

Le web et les médias sociaux sont pointés du doigt. Est ce suffisant ?

Bob Woodward du Washington Post pointe une perte de crédibilité des journaux, leur manque d’engagement et d’indépendance au niveau national et local.

Cela n’explique qu’une partie de cette désaffection.

Les médias traditionnels absent des territoires numériques

L’absence des journaux locaux de la nouvelle sphère internet de la démocratie locale et des initiatives de proximité les prive à la fois de la « génération Y » qui leur fait tant défaut et des relais nécessaires pour s’inscrire au coeur des nouveaux débats et  des préoccupations quotidiennes des internautes, c’est à dire des citoyens.

L’impact de ces disparitions sur la démocratie locale, sur l’engagement des citoyens dans la vie locale est à ce jour patent et suscite, à juste titre, des inquiétudes. Mais un nouveau paysage médiatique émerge,  plus concentré sous certains aspects, car aux mains de grands groupe nationaux ayant diversifié leurs supports, plus atomisé sous d’autres avec l’émergence d’une segmentation plus importante des centres d’intérêt et des communautés.

Le modèle traditionnel d’un média unique s’adressant à tous sur un bassin géographique donné a vécu. Il va devenir de moins en moins signifiant.

L’atomisation des sources d’information qui vont prendre le relai  , leur indépendance, leur crédibilité n’est pas encore assuré.

Les journaux traditionnels ont encore une carte à jouer, à la seule condition de revoir totalement leur modèle économique et leurs perspectives de croissance.

A périmètre économique constant le marché n’est pas tenable : Le Rocky Mountain News vient de l’apprendre, à ses frais.

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A lire :

Courrier International : « La démocratie peut elle survivre sans journaux ? »

RFI : « La presse écrite traverse la plus grave crise de son histoire »

El Watab : « Les journaux américains se meurent »