Eyedea ne répond plus …

La célèbre agence photo est à terre

En 2004 en Irak, sous l’objectif de Frédéric Lafargue, deux marines transportent le corps d’un de leurs camarades, tué dans les combats pour le contrôle de Falloujah. Photo Frédéric Lafargue/Eyedea

Eyedea qui regroupe regroupe huit agences de presse et banques d’images Gamma, Rapho, Hoa-qui, Jacana, Explorer, Top, Keystone et Stills va déposer le bilan.

Triste nouvelle.

Triste nouvelle pour la presse. Le dépôt de bilan d’Eyedea est d’abord la marque du déclin des supports de presse « traditionnels ». Sans contenus, leur destin semble scellé.

Triste nouvelle pour la pluralité des sources d’information. La photographie d’auteur est un garant d’une diversité des regards sur le monde. Nous sommes abreuvé d’images mais le poids de la photo est une réalité que nous ne pouvons nier. La photographie arrête le temps, imprime notre cerveau de l’évènement. Cette image d’un homme faisant stopper les chars sur la place Tian’an men s’est inscrite dans notre inconscient collectif. Allons nous priver du regard de ces grands photographes ?

Triste nouvelle pour le monde de la photographie. L’oeil public, Gamma , autant de contributeurs du monde de l’image qui disparaissent, laissant la place vide. La photographie va t’elle se cantonner désormais à l’illustration, aux banques d’images d’utilisateurs, aux agences filaires.

La photographie participe à l’information. La limiter à un effet de mise en page ne présage pas d’un renouveau des média. Elle offre pourtant des modes narratifs surprenants, des points de vue percutants sur lesquels la presse en manque de réussite devrait s’appuyer. Le mouvement est cependant en marche, inéluctable, et d’autres agences devraient en pâtir dans les années à venir. Les agences les plus prestigieuses ne sont pas à l’abri.

En se croyant audessus, audelà, d’une approche économique de leur activité les agences les plus prestigieuses se mettent en péril. Faute d’équilibrer leur déontologie et leur activité entre marché et démarche artistique les agences ne bouclent plus leur fin de mois. Magnum, par exemple, a fortement réduit ses effectifs sans pour autant réussir à se réorganiser de manière rationnelle  pour épurer ses dettes et s’adapter aux contraintes du 21eme siècle. Certaines agences sont des mastodontes, un patrimoine qui a survécu , faisant fi du Darwinisme ambiant.  Magnum existe encore, pour combien de temps ?

En savoir plus :

Le Monde : Eyedea, propriétaire de l’agence Gamma, s’apprête à déposer le bilan

Paris Match : Peut-on sauver le soldat Gamma ?

Les dinosaures ont ils encore des dents ?

La presse en difficulté

La fin des dinosaures

La Nouvelle République au bord du dépôt de bilan, les régies publicitaires du groupe Spir et Ouest France en pleine restructuration, des agences photo comme Eyedea ou Magnum sont en grande difficulté. C’est tout l’écosystème de la presse papier qui est en danger. Les raisons sont multiples, citons :

– Le paradigme du numérique qui a bouleversé les modèles économiques, l’échelle de temps, la hiérarchie des compétences et engendré la migration massive des budgets publicitaires du papier au web

– L’arrivée massive du gratuit

– La fracture des usages entre la génération du baby boom et la « génération y »

Les impacts sont multiples :

– Fragilisation des media et répercussion sur tous les fournisseurs de contenus

– Remise en cause du lien entre le journal et ses lecteurs

– Remise en cause de la légitimité des média

Le règne des opérateurs télécom

Certains analystes prédisent le règne des opérateurs Télécom et des géants comme Google sur le marché de l’information et des contenus grand public, cantonnant les média dits « d’opinion » à des niches. Google, Orange, PagesJaunes prennent la place laissée vacante par des médias papier affaiblit : la publicité, les annonceurs, les partenaires, l’audience migrent peu à peu vers ces acteurs majeurs du monde Internet, laissant un vide. Un vide abyssal de sens, de singularité, de diversité, de contre pouvoir.

A l’heure ou l’on se gargarise du web participatif, de l’Internet aux internautes, il y a un contre sens, une ambiguité  qu’il faut lever. Le contenu auto produit, l’opinion du plus grand nombre n’est pas un gage de démocratie et d’information. Sans sources de référence, sans repères, sans leaders d’opinion, sans analyse, le web devient un magma informe sur lequel règne un portier rémunéré à la commission.

Le Web 3.0 sera celui du contenu

La disparition de sources « fiables » de contenus est le point ultime de cette destruction de valeur initiée par Google et qui signera sa perte. Règner sur le vide est en fait la grande peur de Google. C’est pourquoi il ménage les média, c’est pourquoi il cherche à numériser le contenu des bibliothèques du monde entier.

Une nouvelle révolution Internet s’annonce peut être, à moins qu’il ne soit déjà trop tard, celle des contenus. Les opérateurs de transfert de data, les leaders pur players du marché investiront surement ce territoire afin d’alimenter les discussions de leurs réseaux sociaux acquit à prix d’or, pour susciter les initiatives locales et citoyennes gagent de la mobilisation du plus grand nombre. Sans mobilisation, sans opinion, sans échanges, les médias sociaux se tariront faute de « carburant ».

Les talents existent

David Goldman / Eyedea

Les médias d’aujourd’hui ont une carte à jouer, en prenant des risques éditoriaux, en se différenciant des agences filaires, en développant un ton, un mode narratif. Rue89, Backchich ont initié le mouvement. L’image, le photojournalisme manquent à l’appel. Les contenus et les talents existent pourtant, il suffit de se plonger dans les nouveaux modes narratifs dévelopés par Mediastorm ou Magnum pour s’en persuader.

The Marlboro Marine

Capitolio

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